{"id":1869,"date":"2021-03-13T13:40:54","date_gmt":"2021-03-13T12:40:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.esquimautage-groenlandais.fr\/?p=1869"},"modified":"2021-03-13T13:42:41","modified_gmt":"2021-03-13T12:42:41","slug":"la-nage-sous-kayak","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.esquimautage-groenlandais.fr\/?p=1869","title":{"rendered":"La nage sous kayak"},"content":{"rendered":"\t\t<div data-elementor-type=\"wp-post\" data-elementor-id=\"1869\" class=\"elementor elementor-1869\">\n\t\t\t\t\t\t<section class=\"elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-67000f0 elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default\" data-id=\"67000f0\" data-element_type=\"section\" data-e-type=\"section\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-container elementor-column-gap-default\">\n\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-column elementor-col-100 elementor-top-column elementor-element elementor-element-085ac49\" data-id=\"085ac49\" data-element_type=\"column\" data-e-type=\"column\">\n\t\t\t<div class=\"elementor-widget-wrap elementor-element-populated\">\n\t\t\t\t\t\t<div class=\"elementor-element elementor-element-0feecb7 elementor-widget elementor-widget-text-editor\" data-id=\"0feecb7\" data-element_type=\"widget\" data-e-type=\"widget\" data-widget_type=\"text-editor.default\">\n\t\t\t\t<div class=\"elementor-widget-container\">\n\t\t\t\t\t\t\t\t\t<h5>Quelques explications par Michel, pour la nage sous kayak:<\/h5><p>La nage sous kayak.<br \/>Je ne suis pas moniteur d\u2019apn\u00e9e et je n\u2019ai jamais fait d\u2019apn\u00e9e profonde. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 initi\u00e9 \u00e0 l\u2019apn\u00e9e,<br \/>plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 la nage en apn\u00e9e il y a une quinzaine d\u2019ann\u00e9es mais techniquement et<br \/>surtout mentalement c\u2019est tr\u00e8s diff\u00e9rent de la nage sous kayak. Les deux se passent sous l\u2019eau<br \/>et sans avoir la possibilit\u00e9 de respirer mais les points communs s\u2019arr\u00eatent l\u00e0.<br \/>Le moniteur fixait des objectifs : faire un tour de piscine (75m) ou essayer d\u2019arriver \u00e0 quatre<br \/>minutes en apn\u00e9e statique par exemple. On terminait presque invariablement en ayant<br \/>l\u2019impression d\u2019avoir tenu un maximum, en ayant \u00e9puis\u00e9 sa r\u00e9serve d\u2019air. En apn\u00e9e dynamique,<br \/>une partie non n\u00e9gligeable de la consommation servait \u00e0 maintenir la profondeur et l\u2019assiette,<br \/>le reste servant \u00e0 la propulsion avec les palmes.<br \/>On optimisait le remplissage des poumons. On ne pratiquait pas l\u2019hyperventilation mais les<br \/>deux derni\u00e8res inspirations-expirations avant immersion \u00e9taient profondes.<br \/>On \u00e9chauffait l\u2019apn\u00e9e en pratiquant des exercices progressifs.<br \/>Le plaisir venait surtout apr\u00e8s, c\u2019\u00e9tait la satisfaction d\u2019avoir r\u00e9alis\u00e9 la performance.<br \/>La d\u00e9tente on en parlait beaucoup. En r\u00e9alit\u00e9 on l\u2019\u00e9prouvait rarement et lorsque c\u2019\u00e9tait le cas,<br \/>uniquement en d\u00e9but d\u2019apn\u00e9e. On travaillait la distraction par des exercices vari\u00e9s. Pour nous<br \/>faire oublier l\u2019envie de respirer, on marchait sur le fond en portant du plomb par exemple.<br \/>J\u2019ai tir\u00e9 deux le\u00e7ons de cette \u00e9poque : on tient plus longtemps quand l\u2019eau est chaude et<br \/>quand on est distrait, c\u2019est-\u00e0-dire lorsque des \u00e9v\u00e9nements ext\u00e9rieurs nous emp\u00eachent de<br \/>penser \u00e0 notre respiration.<br \/>M\u00eame en restant \u00ab en surface \u00bb la syncope peut survenir \u00e0 tout moment et sans<br \/>avertissement. Dans les cas dont j\u2019ai \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin, c\u2019\u00e9tait toujours en for\u00e7ant de mani\u00e8re<br \/>consciente ou non. Les copains auxquels c\u2019est arriv\u00e9 n\u2019avaient pas eu l\u2019impression de forcer<br \/>mais la syncope est survenue lorsqu\u2019ils \u00e9taient proches de leur limite habituelle. Le risque me<br \/>para\u00eet plus important \u00e0 ce moment-l\u00e0 qu\u2019en d\u00e9but de parcours.<br \/>J\u2019ai d\u00e9couvert la nage sous kayak en recherchant des masques de plong\u00e9e ou des poids perdus<br \/>par des \u00e9l\u00e8ves. On passe sur le ventre et on explore le fond pendant quelques secondes. La<br \/>position centrale du kayakiste dans son kayak am\u00e8ne \u00e0 partir \u00ab de loin \u00bb pour avoir une vue<br \/>d\u2019ensemble. On nage trois ou quatre brasses pour arriver sur zone, on reste cinq \u00e0 dix<br \/>secondes \u00e0 faire un tour d\u2019horizon, et si on ne voit rien on fait surface. C\u2019est tr\u00e8s court, une<br \/>vingtaine de secondes. Si on trouve l\u2019objet recherch\u00e9, on passe facilement une dizaine de<br \/>secondes suppl\u00e9mentaires \u00e0 essayer de le rep\u00eacher. Le besoin de respirer qui se ferait<br \/>habituellement sentir bien avant ce d\u00e9lai est effac\u00e9 par la distraction de la recherche.<br \/>J\u2019ai d\u00e9couvert le plaisir de la glisse : on tire fort pendant deux ou trois brasses pour lancer le<br \/>kayak et ensuite on explore \u00ab longuement \u00bb sur sa lanc\u00e9e. Le moment o\u00f9 le kayak s\u2019arr\u00eate en<br \/>douceur, o\u00f9 tous les bruits disparaissent procure une sensation de d\u00e9tente suppl\u00e9mentaire.<br \/>J\u2019ai ensuite eu envie de parcourir plus de distance mais en ayant toujours bien \u00e0 l\u2019esprit le<br \/>danger de syncope. Pas d\u2019hyperventilation, partir sur une inspiration normale, sortir bien<br \/>avant d\u2019en ressentir le besoin.<br \/>Lorsqu\u2019on ne cherche rien, que l\u2019on n\u2019est pas distrait, les sensations sont diff\u00e9rentes : apr\u00e8s<br \/>quelques brasses on ressent le besoin de respirer. Au-del\u00e0 de cinq ou six brasses, je devais<br \/>forcer, je ne continuais pas par plaisir, je voulais en faire une de plus que la veille. C\u2019\u00e9tait la<br \/>recherche de la performance. Comme je voulais sortir bien \u00e0 temps, je n\u2019allais pas tr\u00e8s loin.Petit \u00e0 petit malgr\u00e9 tout j\u2019ai augment\u00e9 le nombre de brasses jusqu\u2019\u00e0 quatorze. Je me sentais<br \/>en s\u00e9curit\u00e9 en ne d\u00e9passant pas ce nombre et je me suis rendu compte qu\u2019en sachant que je<br \/>n\u2019essaierais pas d\u2019aller au-del\u00e0 je retrouvais de la d\u00e9tente.<br \/>Quelques vid\u00e9os montraient que mon esquimautage \u00e9tait explosif. Pour donner un c\u00f4t\u00e9 cool<br \/>\u00e0 l\u2019ensemble j\u2019ai voulu r\u00e9aliser un esquimautage lent. Je me suis mis en position<br \/>d\u2019esquimautage, j\u2019ai attendu quelques secondes et j\u2019ai essay\u00e9 de faire mon handroll au ralenti.<br \/>A force de chercher \u00e0 le ralentir, pour diminuer ma flottabilit\u00e9, j\u2019en suis venu \u00e0 expirer<br \/>lentement mon air avant d\u2019esquimauter. J\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 que distrait, concentr\u00e9 sur mon<br \/>esquimautage je n\u2019\u00e9prouvais aucun besoin de respirer, aucune sensation de manque d\u2019air.<br \/>Un jour, lors d\u2019une des derni\u00e8res brasses j\u2019ai senti un ralentissement et j\u2019ai compris que j\u2019\u00e9tais<br \/>engag\u00e9 entre un bateau et sa ligne de mouillage. J\u2019ai sans m\u00eame y penser nag\u00e9 encore cinq<br \/>ou six brasses jusqu\u2019\u00e0 sentir que \u00e7a glissait \u00e0 nouveau facilement. De m\u2019\u00eatre d\u00e9gag\u00e9 aurait d\u00fb<br \/>m\u2019apporter du soulagement. Je me suis rendu compte que cela m\u2019avait surtout apport\u00e9 du<br \/>plaisir, que je n\u2019\u00e9tais m\u00eame pas press\u00e9 d\u2019esquimauter.<br \/>J\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 que je pouvais augmenter mon nombre de brasses largement au-del\u00e0 de quatorze.<br \/>Petit \u00e0 petit je suis arriv\u00e9 \u00e0 une trentaine. Je fixais syst\u00e9matiquement le nombre \u00e0 ne pas<br \/>d\u00e9passer avant de m\u2019immerger : 26 par exemple. Certains jours d\u00e8s les premi\u00e8res brasses<br \/>c\u2019\u00e9tait un peu plus difficile et je b\u00e2clais les derni\u00e8res pour arriver au nombre choisi. M\u00eame si<br \/>j\u2019esquimautais lentement ensuite, le c\u00f4t\u00e9 cool avait disparu.<br \/>Dans ma t\u00eate, fixer la limite avant de partir, c\u2019est me fixer un objectif, une performance \u00e0<br \/>r\u00e9aliser. Je stresse d\u00e8s le d\u00e9part, je b\u00e2cle les derni\u00e8res brasses et je sors insatisfait alors que<br \/>j\u2019ai \u00ab atteint l\u2019objectif \u00bb.<br \/>Fixer la limite apr\u00e8s le ressenti des premi\u00e8res brasses, c\u2019est comme me donner un filet de<br \/>s\u00e9curit\u00e9, la certitude qu\u2019en fonction de ma forme physique je ne tenterai aucune folie, cela<br \/>m\u2019apaise.<br \/>J\u2019ai une limite absolue : en aucun cas je ne d\u00e9passe 30 brasses, de plus si l\u2019eau est froide, sous<br \/>les dix degr\u00e9s je limite \u00e0 20. Comme je nage de plus en plus lentement il est vraisemblable que<br \/>les 30 brasses se r\u00e9duiront \u00e0 25 ou moins dans le futur.<br \/>Les sensations.<br \/>Ce n\u2019est pas le nirvana du d\u00e9part \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e mais le meilleur est \u00e0 la fin.<br \/>Je suis souvent stress\u00e9 juste avant l\u2019immersion. C\u2019est une forme de peur, parfois elle me fait<br \/>renoncer. C\u2019est r\u00e9cent et li\u00e9 \u00e0 la prise de conscience de mon \u00e2ge. Quelque chose au fond de<br \/>moi me dit qu\u2019il n\u2019est pas raisonnable de passer plus de deux minutes sous l\u2019eau \u00e0 72 ans. L\u2019an<br \/>pass\u00e9 j\u2019en avais 71 et cela ne m\u2019est jamais venu \u00e0 l\u2019esprit !<br \/>Apr\u00e8s quelques brasses, quatre ou cinq d\u00e9j\u00e0, j\u2019ai envie d\u2019arr\u00eater, je ressens le d\u00e9sir de respirer.<br \/>Ne pas pouvoir le faire est une sensation d\u00e9sagr\u00e9able. Toutefois ce d\u00e9sagr\u00e9ment n\u2019augmente<br \/>pas avec les brasses suppl\u00e9mentaires, je m\u2019y habitue m\u00eame mais il reste un genre<br \/>d\u2019oppression. Ce n\u2019est pas un signal de mon syst\u00e8me respiratoire, c\u2019est de l\u2019inqui\u00e9tude car d\u00e8s<br \/>que je d\u00e9cide du nombre de brasses que je ne d\u00e9passerai pas, cette oppression s\u2019estompe.<br \/>Toutefois, elle ne dispara\u00eet totalement que si je rep\u00e8re quelque chose qui attise ma curiosit\u00e9<br \/>et qui d\u00e9tourne mon attention.<br \/>Lorsque j\u2019approche de ce nombre de brasses, j\u2019ai l\u2019impression que ce n\u2019est plus moi qui d\u00e9cide.<br \/>Malgr\u00e9 moi, je n\u2019arrive pas \u00e0 terminer la derni\u00e8re brasse, j\u2019ouvre les bras pour l\u2019amorcer mais<br \/>je ne termine pas l\u2019extension, je passe en phase immobile.<br \/>Il m\u2019est arriv\u00e9 de scinder : d\u00e9cider de faire 18 brasses en deux parties : 12 d\u2019abord suivies de<br \/>quelques secondes d\u2019arr\u00eat et de six autres ensuite.Le probl\u00e8me \u00e9tait doubl\u00e9 : je ne finissais ni la douzi\u00e8me ni la dix-huiti\u00e8me.<br \/>Le red\u00e9marrage apr\u00e8s l\u2019arr\u00eat \u00e9tait difficile, les deux premi\u00e8res brasses surtout. De plus, il fallait<br \/>relancer le kayak. Je pr\u00e9f\u00e8re nager d\u2019une traite.<br \/>L\u2019arr\u00eat des mouvements modifie presque instantan\u00e9ment mes sensations, l\u2019oppression<br \/>dispara\u00eet, avoir de l\u2019air n\u2019est plus une pr\u00e9occupation. Pendu sous mon kayak, je suis bien.<br \/>D\u00e8s que j\u2019arr\u00eate de nager je regarde le fond. Soit il y a du spectacle et j\u2019en profite. Soit il n\u2019y a<br \/>rien \u00e0 voir, je me tourne lentement en position d\u2019esquimautage immobile et j\u2019attends regard<br \/>tourn\u00e9 vers la surface. Dans les deux cas, la d\u00e9tente est totale. G\u00e9n\u00e9ralement je laisse<br \/>vagabonder mon esprit mais souvent je ne pense \u00e0 rien. De temps en temps, surtout lorsque<br \/>j\u2019ai les yeux ferm\u00e9s, je compte : 1001, 1002&#8230; 1060.<br \/>Au sec lorsque je compte ainsi cela correspond \u00e0 60 secondes, sous l\u2019eau entre 35 et 40.<br \/>C\u2019est la partie critique : profiter longuement de ces moments agr\u00e9ables tout en sortant assez<br \/>t\u00f4t pour disposer d\u2019une marge de s\u00e9curit\u00e9.<br \/>Je n\u2019\u00e9prouve aucun besoin de respirer. Lorsque je ne compte pas, c\u2019est mon esprit qui me dit<br \/>\u00ab sois raisonnable, ne d\u00e9conne pas, sors \u00bb. Je tends lentement le bras et j\u2019attends<br \/>qu\u2019Archim\u00e8de me remonte. La Go-Pro montre que lorsque je ne compte pas je sors<br \/>pratiquement au bout de la m\u00eame dur\u00e9e que lorsque je compte. Quelques secondes (de deux<br \/>\u00e0 cinq) de plus g\u00e9n\u00e9ralement.<br \/>Cette dur\u00e9e en statique, en attente d\u2019esquimauter a progressivement augment\u00e9. Au d\u00e9but je<br \/>m\u2019imposais une petite pause (cinq secondes) pour pr\u00e9parer un esquimautage ultra-lent qui<br \/>soit beau \u00e0 regarder en surface. Petit \u00e0 petit cette attente s\u2019est prolong\u00e9e pour atteindre une<br \/>bonne quarantaine de secondes aujourd\u2019hui. C\u2019est largement suffisant pour \u00ab profiter \u00bb. Pour<br \/>les spectateurs, 40 secondes, c\u2019est tr\u00e8s long ! La raison me dit qu\u2019\u00e0 mon \u00e2ge et en tenant<br \/>compte des petites infirmit\u00e9s qui \u00ab vont avec \u00bb il ne faut pas essayer de prolonger.<br \/>En surface je suis heureux de trouver de l\u2019air mais cette premi\u00e8re respiration me suffit, je ne<br \/>suis pas essouffl\u00e9. J\u2019\u00e9prouve syst\u00e9matiquement un sentiment de frustration, un regret de<br \/>n\u2019\u00eatre pas rest\u00e9 plus longtemps.<br \/>La technique.<br \/>Je pars sur une inspiration normale, sans chercher \u00e0 remplir mes poumons et apr\u00e8s m\u2019\u00eatre<br \/>allong\u00e9 quelques instants sur l\u2019arri\u00e8re du kayak en respirant paisiblement et normalement.<br \/>Le kayak me maintient \u00e0 une profondeur constante et sa grande longueur optimise la vitesse<br \/>de d\u00e9placement : j\u2019\u00e9conomise beaucoup d\u2019air par rapport \u00e0 un nageur en apn\u00e9e. Pas de<br \/>contr\u00f4le de profondeur ni d\u2019assiette et un rendement propulsif nettement meilleur. Je<br \/>consomme \u00e0 peine plus qu\u2019en apn\u00e9e statique.<br \/>Au cours du temps je me suis mis \u00e0 nager de plus en plus lentement et \u00e0 r\u00e9duire mon nombre<br \/>de brasses. Paradoxalement la distance parcourue a augment\u00e9. Nager vite propulse le kayak<br \/>plus vite mais le rendement \u00ab distance parcourue par brasse \u00bb est catastrophique. Il vaut bien<br \/>mieux optimiser la glisse du kayak. Commencer la nouvelle brasse, ouvrir les bras trop t\u00f4t<br \/>casse l\u2019erre du kayak. Il faut le faire au bon moment. La p\u00e9riode d\u00e9pend de la force de traction :<br \/>en tirant mod\u00e9r\u00e9ment sur les bras on a un bon rendement en effectuant une brasse toutes<br \/>les quatre secondes. Lorsqu\u2019il n\u2019y a pas de vent on parcourt entre deux et trois m\u00e8tres par<br \/>brasse. Je n\u2019ai aucun d\u00e9sir de battre des records de distance, le but n\u2019est pas d\u2019aller loin mais<br \/>j\u2019\u00e9prouve beaucoup de plaisir \u00e0 pouvoir aller o\u00f9 je veux, \u00e0 combler sans effort les cinq ou dix<br \/>m\u00e8tres qui me s\u00e9parent d\u2019un centre d\u2019int\u00e9r\u00eat que je d\u00e9couvre en cours de nage.Le contr\u00f4le de la direction.<br \/>A moins d\u2019avoir au fond une ligne droite visible, le bord d\u2019un quai par exemple, je suis<br \/>incapable de contr\u00f4ler ma direction. G\u00e9n\u00e9ralement je \u00ab vais droit \u00bb mais il est assez courant<br \/>de me voir virer de 90 degr\u00e9s, \u00e0 gauche comme \u00e0 droite. Il m\u2019est d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9 de revenir \u00e0 mon<br \/>point de d\u00e9part.<br \/>L\u2019esquimautage.<br \/>Prendre un norsaq consomme moins d\u2019air que de d\u00e9gager une pagaie. Esquimauter \u00e0 la main<br \/>consomme encore moins et l\u2019esquimautage immobile qui a ma pr\u00e9f\u00e9rence ne consomme<br \/>pratiquement rien. M\u00eame si on ne peut pas le mesurer, la certitude de disposer d\u2019un<br \/>esquimautage \u00ab bombproof \u00bb r\u00e9duit certainement la consommation d\u2019oxyg\u00e8ne des neurones.<br \/>On peut donc supposer que tant que l\u2019esquimautage \u00e0 la main n\u2019est pas garanti \u00e0 200%, on<br \/>consomme moins en utilisant un norsaq !<br \/>Le plaisir.<br \/>Il vient d\u2019abord de la glisse du kayak qu\u2019on sent acc\u00e9l\u00e9rer, de la vision du fond que l\u2019on voit<br \/>d\u00e9filer&#8230; si la visibilit\u00e9 est suffisante. Ensuite d\u00e8s qu\u2019on s\u2019arr\u00eate de nager, d\u00e9j\u00e0 durant la glisse<br \/>finale puis lorsqu\u2019on ne bouge plus, qu\u2019on profite du spectacle, l\u2019impression de manque d\u2019air<br \/>ressentie durant la nage dispara\u00eet. Si de plus l\u2019eau est chaude, transparente, que l\u2019on peut<br \/>toucher le fond de la main, l\u2019instant devient magique, on a l\u2019impression de pouvoir tenir<br \/>ind\u00e9finiment. C\u2019est pour cela aussi, pour sauvegarder cette illusion (en r\u00e9alit\u00e9 on ne peut pas<br \/>tenir ind\u00e9finiment !), qu\u2019il ne faut pas forcer, qu\u2019il faut sortir bien avant de manquer d\u2019air.<br \/>La s\u00e9curit\u00e9.<br \/>Mais la raison principale pour ne pas essayer de prolonger et pour sortir bien avant d\u2019\u00e9prouver<br \/>le besoin imp\u00e9rieux de respirer c\u2019est la s\u00e9curit\u00e9. Ce n\u2019est qu\u2019au moment d\u2019esquimauter qu\u2019on<br \/>constate que le kayak refuse de se redresser, qu\u2019il s\u2019est engag\u00e9 sous une amarre ou que la Go-<br \/>Pro s\u2019est enroul\u00e9e autour d\u2019un chapelet d\u2019algues.<br \/>Il faut donc encore disposer d\u2019une r\u00e9serve pour se d\u00e9gager en nageant quelques brasses de<br \/>plus ou tenter un deuxi\u00e8me esquimautage et en cas d\u2019\u00e9chec pouvoir d\u00e9juper sans urgence.<br \/>Je sors lorsque je pense encore disposer d\u2019une vingtaine de secondes et les circonstances<br \/>m\u2019ont prouv\u00e9 qu\u2019elles se r\u00e9v\u00e8lent bien utiles parfois. Pour v\u00e9rifier cette marge, de temps en<br \/>temps je choisis une eau cristalline, une tr\u00e8s faible profondeur qui me permet de retrouver de<br \/>l\u2019air en m\u2019appuyant de la main sur le fond et au moment o\u00f9 je sortirais normalement je<br \/>prolonge en comptant : 1001&#8230;1025. C\u2019est le seul cas o\u00f9 je m\u2019autorise \u00e0 d\u00e9passer (de tr\u00e8s peu)<br \/>les deux minutes. Cela n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 le cas jusqu\u2019ici mais si je devais, pendant ces 20 secondes<br \/>de test, \u00e9prouver le besoin imp\u00e9rieux de respirer, cette envie irr\u00e9sistible d\u2019expulser l\u2019air de<br \/>mes poumons, je r\u00e9duirais d\u2019autant toutes mes nages ult\u00e9rieures.<br \/>Les \u00e9l\u00e9ments qui favorisent la d\u00e9tente.<br \/>On ne les per\u00e7oit pas, c\u2019est la Go-Pro qui montre qu\u2019on prolonge plus ou moins longtemps<br \/>l\u2019apn\u00e9e en fonction des circonstances.<br \/>La temp\u00e9rature de l\u2019eau, sa transparence, ce qu\u2019il y a \u00e0 voir, la faible profondeur, le contact<br \/>tactile avec le fond, tout cela d\u00e9tend. La conviction de r\u00e9ussir l\u2019esquimautage joue un r\u00f4le tr\u00e8s<br \/>important dans cette d\u00e9tente. J\u2019ai une tr\u00e8s grande confiance dans ma capacit\u00e9 \u00e0 revenir en<br \/>position normale mais la Go-Pro est sans piti\u00e9 : elle m\u2019indique que je prolonge davantage<br \/>lorsque la profondeur est telle que je peux retrouver de l\u2019air d\u2019une simple pouss\u00e9e de la main.Porter un masque de plong\u00e9e permet de mieux profiter de l\u2019environnement et donc participe<br \/>\u00e0 la d\u00e9tente.<br \/>Les yeux ouverts ou ferm\u00e9s ?<br \/>Je nage indiff\u00e9remment les yeux ouverts ou ferm\u00e9s. Lorsque la visibilit\u00e9 est nulle autant<br \/>fermer les yeux me direz-vous. Les yeux ferm\u00e9s on per\u00e7oit mieux les choses et contrairement<br \/>\u00e0 ce que l\u2019on pourrait penser, on est moins d\u00e9tendu, le sentiment de l\u00e9g\u00e8re oppression<br \/>pendant la nage est plus sensible. La diff\u00e9rence est minime mais la Go-Pro confirme qu\u2019il vaut<br \/>mieux garder les yeux ouverts : on nage plus lentement et plus longtemps.<br \/>La d\u00e9charge d\u2019adr\u00e9naline.<br \/>L\u2019esquimautage immobile n\u2019est pas tr\u00e8s puissant : \u00eatre engag\u00e9 sous une amarre ou frotter<br \/>contre la coque d\u2019un bateau suffit \u00e0 arr\u00eater le mouvement. Je ne pense jamais \u00e0 mon<br \/>esquimautage, j\u2019ai l\u2019habitude de sortir sans rien faire. Lorsque l\u2019esquimautage ne passe pas,<br \/>je suis totalement pris au d\u00e9pourvu, je passe instantan\u00e9ment de la b\u00e9atitude zen \u00e0 la d\u00e9charge<br \/>d\u2019adr\u00e9naline. Mon premier r\u00e9flexe est de me positionner en handroll et d\u2019essayer<br \/>d\u2019esquimauter imm\u00e9diatement. C\u2019est clairement un r\u00e9flexe de panique. Si l\u2019obstacle n\u2019est pas<br \/>trop g\u00eanant je me retrouve en surface, soulag\u00e9 avec l\u2019impression de \u00ab ouf, il \u00e9tait moins<br \/>une ! \u00bb. Ensuite, je m\u2019en veux d\u2019avoir c\u00e9d\u00e9 \u00e0 la panique.<br \/>Par contre si cet esquimautage d\u2019urgence ne passe pas, si je reste bloqu\u00e9 sous l\u2019eau, la tension<br \/>baisse instantan\u00e9ment, je retrouve mon calme, je prends le temps d\u2019essayer de comprendre<br \/>ce qui se passe, je r\u00e9alise que je peux d\u00e9juper mais qu\u2019il n\u2019y a pas urgence. Lorsque j\u2019ai compris<br \/>ce qui me bloque, que j\u2019ai d\u00e9termin\u00e9 comment me d\u00e9gager, avant m\u00eame d\u2019arriver en surface<br \/>j\u2019\u00e9prouve un grand plaisir, un \u00e9norme bien-\u00eatre, je jubile v\u00e9ritablement. Dans mes souvenirs,<br \/>ce sont mes meilleures nages.<br \/>La Go-Pro montre le nombre \u00e9tonnant de choses que l\u2019on peut r\u00e9aliser calmement en moins<br \/>de dix secondes.<br \/>Les copains.<br \/>La s\u00e9curit\u00e9 ce sont les copains qui me connaissent qui ne paniquent pas inutilement mais qui<br \/>rep\u00e8reraient vite que l\u2019apn\u00e9e est plus longue que d\u2019habitude et qui sont pr\u00eats \u00e0 intervenir.<br \/>Leur r\u00f4le ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0 : ils \u00e9vitent que le public n\u2019appelle inutilement les pompiers. Pour<br \/>les spectateurs trente secondes \u00e7a para\u00eet une \u00e9ternit\u00e9, d\u2019autant plus longue que le kayakiste<br \/>ne bouge pas. Il est d\u2019ailleurs int\u00e9ressant de voir \u00e0 quel point les gens comptent sur leur<br \/>t\u00e9l\u00e9phone pour les exon\u00e9rer de toute autre action. Apr\u00e8s avoir termin\u00e9 une nage en bord de<br \/>plage, dans cinquante centim\u00e8tres d\u2019eau, des spectateurs sont venus me trouver : \u00ab on a eu<br \/>peur pour vous, on allait appeler les pompiers ! \u00bb Je les ai remerci\u00e9s et je leur ai fait remarquer<br \/>que si j\u2019appr\u00e9ciais \u00e0 sa juste valeur leur souci pour ma sant\u00e9, il leur suffisait d\u2019entrer dans l\u2019eau<br \/>jusqu\u2019aux genoux pour me retourner.<br \/>La Go-Pro : autant elle est utile, autant elle peut repr\u00e9senter un \u00e9l\u00e9ment de danger. Engager<br \/>un c\u00e2ble n\u2019est pas un vrai probl\u00e8me. Il glisse le long de la coque, sous l\u2019eau il suffit de nager<br \/>deux trois brasses pour s\u2019en d\u00e9barrasser. En surface en deux coups de pagaie on se lib\u00e8re. Si<br \/>la Go-Pro s\u2019en m\u00eale il n\u2019en va plus de m\u00eame. Il m\u2019est d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9 de me retrouver prisonnier<br \/>apr\u00e8s mon esquimautage, en surface mais incapable de me d\u00e9gager. Il est tr\u00e8s difficile de<br \/>d\u00e9terminer visuellement dans quel sens le c\u00e2ble est enroul\u00e9. Il faut se rappeler dans quel senson a esquimaut\u00e9, repasser sous l\u2019eau dans le m\u00eame sens, c\u2019est-\u00e0-dire chavirer \u00e0 gauche si on<br \/>a esquimaut\u00e9 \u00e0 gauche, nager d\u2019abord quelques brasses de plus et esquimauter ensuite. Si on<br \/>s\u2019est tromp\u00e9 de sens&#8230;<br \/>L\u2019impression quelques minutes apr\u00e8s la sortie.<br \/>J\u2019ai parfois l\u2019impression d\u2019\u00eatre sorti t\u00f4t ou au contraire d\u2019avoir imprudemment prolong\u00e9.<br \/>Parfois cela correspond \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, parfois je me trompe totalement.<br \/>Les vid\u00e9os.<br \/>Il y a des r\u00e9flexes que l\u2019on ne contr\u00f4le pas. J\u2019ouvre grand la bouche lorsque je fais surface,<br \/>m\u00eame si je n\u2019ai aucun besoin d\u2019air. Sur les photos, c\u2019est horrible. J\u2019ai essay\u00e9 de contr\u00f4ler, je<br \/>me suis entra\u00een\u00e9 : ne nager que trois brasses, ne prendre que trois secondes de pause et faire<br \/>lentement surface, bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 ne respirer que par le nez. La Go-Pro est inflexible, d\u00e8s que<br \/>mon visage sent l\u2019air, j\u2019ouvre la bouche. J\u2019ai finalement r\u00e9solu le probl\u00e8me en pla\u00e7ant la Go-<br \/>Pro \u00e0 l\u2019arri\u00e8re.<br \/>La tentation de la performance ;<br \/>Elle existe, je suis un ancien sportif, on ne se refait pas. Le fait de scinder la promenade, de<br \/>terminer la nage par un long arr\u00eat rend presque impossible la mesure de la performance.<br \/>Toute id\u00e9e de record s\u2019envole : si je voulais battre un record de distance je devrais nager<br \/>jusqu\u2019\u00e0 \u00e9puisement de mon air plut\u00f4t que de \u00ab glander \u00bb en attendant d\u2019esquimauter. Pour<br \/>battre un record de dur\u00e9e je devrais rester immobile et non gaspiller mon air en nageant.<br \/>Je me rends compte aussi que me limiter \u00e0 deux minutes est une fa\u00e7on de me prot\u00e9ger contre<br \/>cette tentation.<br \/>Se fixer des limites, pas des objectifs !<br \/>\u00c7a sert \u00e0 quoi ?<br \/>Outre le plaisir, surtout \u00e0 acqu\u00e9rir de l\u2019aisance sous l\u2019eau, \u00e0 r\u00e9aliser qu\u2019on peut tenir<br \/>\u00ab longtemps \u00bb sur une inspiration normale. A retrouver son calme apr\u00e8s un instant de panique<br \/>dans une situation difficile. A se d\u00e9tendre totalement pendant une quarantaine de secondes.<br \/>En regardant les chiffres, 40 secondes \u00e7a semble peu mais le ressenti est tr\u00e8s diff\u00e9rent.<\/p><p>\u00a0<\/p>\t\t\t\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/div>\n\t\t\t\t\t<\/div>\n\t\t<\/section>\n\t\t\t\t<\/div>\n\t\t","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quelques explications par Michel, pour la nage sous kayak: La nage sous kayak.Je ne suis pas moniteur d\u2019apn\u00e9e et je n\u2019ai jamais fait d\u2019apn\u00e9e profonde. 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